Poèmes

1.TOMBEAU DE LEON-GONTRAN DAMAS

Ethiopiques numéro 16

Revue socialiste de culture négro-africaine

Octobre 1978

Au moment vrai, tout meurt, tout redevient puissant

Dieu rattrape les peurs et les sangs dans ses songes

de neutrons… et reprend ce que le sable intente

aux éclats de nuits fastes, aux terreurs qui me dévastent.

Assis là, parmi vous, mages d’un temps d’étoile,

sur le dos des cicindèles en butte à vos crachats,

Damas ! Vieil or ! oh ! l’or épouvantablement

ramené grain à grain au cri pur des prophètes !

Chaque nuit t’est comptée en ce monde de mort lente

où tout corps se démembre et tout doigt renie sa main ;

et le jour même, le jour enchâssé dans tes nerfs

tourbillonne autour de toi en ferments inhumains.

Comme un chat, veuille bien rétracter tes douleurs

et, comme un chat, fuis sous les huées grinçantes !

D’invisibles épeires étoilent ton chemin

mais tu te tiens debout sur des taies miroitantes.

Tu promènes ton âme d’hyperbole en chaos,

tu es l’enfant sans luminaire !

Taillé dans la poutre excellente des enfers,

tu suintes d’un vaste sommeil qui nous roidit.