Poèmes

LE LION D’ANTAN

Ethiopiques n°88.

Littérature, philosophie et art

1er semestre 2012.

Espaces publics africains, crises et mutations

LE LION D’ANTAN

Déjà le coq a chanté

Et s’est levée l’étoile du matin

L’aurore a point

Et le soleil se réveille

Passée son heure de rêver

Il sourit se redresse et s’étire

Mais toi tu dors encore !

Le moineau vient se poser

Il s’approche et t’observe

Il te taquine te serine :

« Diogoye ne mangera point

Ne mangera point ! »

Heey Diogoye lion d’antan debout !

Ah la complainte des pilons

Lorsque geignent les mortiers

La glume vole au vent

Alors que dansent les vans

Rires épanouis des femmes

Quand elles lavent le grain

Dans les eaux salées de la lagune

Et les petits poissons en bancs serrés

Se régalent et frétillent de bonheur !

Tourterelle vient et te regarde

Et te roucoule grave son message :

« Ndew a tant vanné tant vanné ! »

Heey Diogoye lion d’antan debout !

Le soleil est au zénith

Et grue couronnée bruit

D’une mélopée ensorcelante

Alors les anciens tendent l’oreille

Dans l’arène des bas-fonds argileux de Ndiémâne.

Les maîtres travailleurs retournent la terre

Leur sueur est un étang d’abondance

Mais tu dors encore à poings fermés

Tourterelle revient à ton chevet

Et t’abreuve de sa harangue solennelle :

« Chevalier de Kodou chevalier de Kodou ! »

Heey Diogoye lion d’antan debout !

Le soleil arrête sa course

Parade et piaffe quelle superbe !

Bat le sol d’un pied nerveux

Rythme sa louange sur le tam-tam

Déroule sa parole incantatoire et défie

Et si nombreux les vaillants qui s’éclipsent

Et résonnent les salves d’honneur des canons

On t’attend lion d’antan mais tu dors toujours

Or voici le francolin moqueur

Il te toise du faîte d’une termitière

Ah ! sa moue de dédain lorsqu’il te crie :

« Pas biné le champ, pas biné le champ ! »

Heey Diogoye le lion d’antan debout !

Le soleil oblique sa course

Se pare d’atours flamboyants

Et les chœurs de battements de mains !

Tourterelle maillée dresse sa queue

Elle est altière de hardiesse

Toi que Kumah nomma Eléphant

Tourterelle maillée fit mander

Et de toi elle se moque et rit

Long et fin son crachat de dédain

Suprême affront elle entonne :

« Eléphant m’a piétinée je me suis tue

De nouveau piétinée je me suis tue

L’ai piétiné il gémit : koûk koûk koûk ! »

Diogoye lion d’antan debout !

Ceins tes reins dès l’aurore

Chaque aurore ! 

[1] Extrait de Cadences et lagunes, Dakar, les Editions Feu de brousse, 2003.