Poèmes

LE LIVRE DECHIRE

Ethiopiques numéro 24

révue socialiste

de culture négro-africaine

octobre 1980

(« LA PESTE, c’est LA VIE ») CAMUS

Maître de Science, pourquoi l’horreur l’holocauste en ces jardins, qui a fané les fleurs d’espérance fauché mes labours brisé mes herses occis mon bétail ? Mais quel esprit insensé erre ici assoiffant jusqu’à mon humus soufflant peste et pestilence ?

La demeure s’est endormie en querelle comme un livre démis, ivre de songes désolés de questions folles d’effroi : crépuscule ! Car s’essoufflant à sa course au gouffre voici l’Homme céruse à l’Homme et les nations en désespoir…

M’assiste L’insomnie des eaux blanches l’aveugle litanie de mes belles d’où glisse toute vie mes mains magiciennes où gisent les morts ! Hors la demeure endormie l’aube est votre noblesse et chaque naissance du soleil, chaque syncope sous l’Arche, vous mes cosmiques salutaires à l’émoi de mes sens. Matrones royales j’épelle en ma mémoire le vieil appel de vos visages la promesse exorciste du Fleuve et de l’Océan, Que s’accorde l’altière Kora à la Chorale Antique le lis d’espérance sans palinodies !

Sur la demeure endormie sur le Livre démis sur la fleur blessée viens-t-en, Délivrance ailée, toi l’aurore sans discordance toi l’insomnie des eaux blanches ! Trésor tutélaire, viens-t-en à la réconciliation de mon essaimement…

Dakar, le 15 mai 1980